PARTIE 1

IDÉES REÇUES

20 vraies et fausses vérités

L’idée qu’un groupe subversif puisse déstabiliser

un gouvernement occidental, voire prendre le

pouvoir, est difficile à accepter. Car un grand nombre

d’idées reçues donne l’illusion soit d’une sécurité

absolue, soit qu’un coup d’État s’accompagnerait

d’un cataclysme. Cassons donc pour commencer

quelques contre-vérités…

 

"La puissance militaire des grandes nations

interdit toute action d’envergure."

Faux

L’opération des indépendantistes tchétchènes

démontre le contraire. En janvier 96, deux cents

combattants se sont emparés de la petite ville de

Pervomaïskaïa. Ils n’étaient équipés d’aucune arme

lourde (pas de chars, pas de transports blindés ni

d’artillerie lourde). Pour libérer la petite bourgade,

les Russes ont fait intervenir la division d’actions

rapides Sobor du ministre de l’Intérieur, les forces

spéciales antiterroristes Alpha, l’armée fédérale et

les gardes-frontières. Plusieurs tentatives de reprise

de Pervomaïskaïa se sont soldées par des échecs, y

compris pour les forces spéciales : toute la ville était

minée et des nids de mitrailleuses étaient utilisés par

de petites équipes de francs-tireurs. Pervomaïskaïa a

donc été rayée de la carte par un déluge d’obus et de

roquettes avant que les forces russes puissent y

pénétrer. Les survivants du commando tchétchène

ont cependant eu le temps de s’enfuir avec des

otages, après avoir mené une incursion de plus de

deux heures au cœur du dispositif russe sans subir de pertes.

Cet exemple prouve que l’armée est incapable de

combattre efficacement des commandos. Elle ne

peut intervenir que dans des cas précis où elle a en

face d’elle des armes lourdes, visibles et peu

mobiles. Or ce concept est aujourd’hui dépassé : un

missile peut détruire les chars les plus modernes ;

portable, il coûte mille fois moins cher qu’un char.

Dans ces conditions, la durée de vie d’un engin

blindé se compte en heures, voire en minutes.

C’est toute la leçon des conflits des années 90.

D’un côté, l’Irak a déployé des armes et des

installations (chars, véhicules de troupes blindés,

sites de missiles antiaériens, bunkers, ponts) qui

faisaient des cibles parfaites, car visibles. De l’autre,

en Bosnie, les armées de fantassins ont combattu à

l’aide de pièces d’artillerie tractées faciles à

dissimuler dans les montagnes. Dans le premier cas,

la victoire militaire occidentale a été totale, dans

l’autre il n’a même pas été possible d’intervenir.

 

"Seule la médiocrité des terroristes nous protège contre eux."

Vrai

Le terrorisme qui défraie chaque jour la chronique

a un relent de XIXe siècle, avec ses bombes rappelant

les "machines infernales". Combien de temps encore

les terroristes recourront-ils à des techniques d’un

autre âge ? Un État moderne et démocratique peut-il

accepter que sa sécurité repose sur la médiocrité de

ses adversaires ? Si un vent de violence

révolutionnaire souffle de nouveau sur les États

occidentaux, il risque fort bien de tout emporter sur

son passage. Car même les imbéciles apprennent avec le temps.

Le monde ne sera pas ébranlé par des camions

piégés. Tout juste se souviendra-t-on de leurs

victimes innocentes. Les massacres à l’arme

chimique de la secte Aum ont fait à peine plus de

dégâts que quelques bombes artisanales dans le

métro parisien. Les membres de la secte ont bien

tenté une action d’envergure en dispersant du haut

d’un immeuble de Tokyo une solution liquide

contenant les bacilles d’anthrax, mais cette opération

s’est soldée par un échec complet, car l’arme

bactériologique, tout comme l’arme chimique, est

très peu efficace lorsqu’elle est dispersée au gré du vent.

Quand les terroristes utiliseront-ils des missiles,

des bombes radioactives, des armes à

fragmentation ? Faciles à obtenir, peu onéreuses, de

telles armes pourraient faire des dizaines, voire des

centaines de milliers de morts. Ces catastrophes nous

pendent au nez. Les terroristes ont aujourd’hui les

moyens de terrasser les États occidentaux.

 

"La plupart des programmes militaires sont inutiles."

Vrai

Les lobbies militaro-industriels sont si forts qu’ils

justifient des programmes d’armement sans aucun

intérêt, si ce n’est de maintenir des équipes

d’ingénieurs, techniciens et autres ouvriers en place.

Les chars n’ont, par exemple, plus aucune raison

d’exister à notre époque. Pourtant, les militaires

soutiennent ces programmes, qui font vivre rien

qu’en France des milliers de personnes.

Les militaires invoquent les batailles de chars dans

les plaines de l’Europe, susceptibles de redevenir un

jour d’actualité. Rien de plus mensonger. Demain

comme aujourd’hui, les chars à la pointe de la

technologie devront affronter des missiles antichars

portés par des fantassins ou largués par des avions.

Or ces projectiles coûtent de moins en moins cher

(moins de 50 000 francs français) tandis que le coût

des chars augmente (plus de 30 000 000 francs

français). Dans ce contexte, la durée de vie du char le

plus élaboré ne dépasse pas quelques dizaines de minutes.

Pour justifier des dépenses pharaoniques, les

lobbies militaro-technologiques se fabriquent

également des adversaires fictifs. En 1992 et 1993,

les Russes ont vendu aux Iraniens plusieurs sousmarins

classiques (à propulsion diesel-électrique) de

la classe Kilo. Ces engins (de 3 000 tonnes en

plongée) ont été lancés en 1979 par les Soviétiques

pour patrouiller aux abords des bases nucléaires

américaines. L’amirauté des États-Unis a profité de cet achat iranien

pour expliquer que les Kilo étaient extrêmement dangereux.

Pourquoi cette révélation tardive ? La marine

américaine ne savait plus quoi faire de sa quarantaine

de sous-marins d’attaque nucléaire de la classe

Sturgeon et de ses 64 Los Angeles. Ce nombre

extraordinaire ne se justifiait que pour pister en

permanence les sous-marins nucléaires soviétiques.

Or depuis quelques années, les Soviétiques

n’alignent plus qu’une dizaine de sous-marins

opérationnels. Pas de chance, car à la même époque,

la construction des Sea Wolf, la dernière génération

de sous-marins, commençait aux États-Unis.

Pour l’armée américaine, la vente des Kilo aux

Iraniens fut donc une bénédiction. La rhétorique de

la menace suprême pouvait reprendre du service. Or

les Kilo iraniens ne présentent aucun danger en cas

de conflit. Les Los Angeles auraient tôt fait de les

transformer en lieux de villégiature pour poissons exotiques.

De toute façon, l’utilisation des sous-marins

dépend en grande partie de la fourniture de logistique

et de pièces de maintenance par les Russes. Sans

assistance, ils ne sont pas opérationnels. D’autant

que ces engins ont une durée de vie bien plus faible

que leurs homologues occidentaux.

Des programmes efficaces, il en existe. Mais dans

un concert de désinformation, il est difficile de

distinguer les gadgets technologiques des engins

indispensables. La mystification du piratage

informatique ou des satellites d’observation,

entretenue par les médias, en est le brillant exemple.

D’un autre côté, on évoque à peine les petits avions

télécommandés, comme les drones, qui rendent des

services incommensurables à l’armée israélienne.

 

"Un coup d’État sera forcément connu des services secrets."

Faux

Les moyens de renseignement des services secrets

sont moins efficaces qu’on le croit. La surveillance

continue d’une seule personne réclame la

mobilisation d’une vingtaine d’agents. L’ é c o u t e

téléphonique permanente et la pause de micros

nécessitent une demi-douzaine de personnes pour

analyser les informations. Pour enlever quelqu’un, il

faut une douzaine d’intervenants, d’abord pour

connaître ses habitudes, puis pour l’opération proprement dite.

Par ailleurs, via le réseau Internet, les ordinateurs

les plus simples permettent d’échanger des

informations cryptées qu’il est théoriquement

impossible de décoder. Dans ce cas, l’écoute devient carrément caduque.

Les actions des services secrets réclament une

main-d’œuvre qualifiée et importante ; elles

demandent énormément de temps et d’argent.

Agir à grande échelle implique dans les faits

l’instauration d’un État policier, comme l’ancienne

Allemagne de l’Est. Rappelons que la police

politique de ce pays s’est totalement disloquée dès la chute du mur de Berlin.

 

"Les satellites permettent de repérer la mise en place d’actions subversives."

Faux

Les satellites d’observation se contentent de

photographier le terrain sur différentes fréquences

(optiques, infrarouges ou radars). Ils repèrent les

installations et les véhicules militaires, mais

n’apportent aucune information sur le déplacement

des hommes armés. Ce sont des outils qui suivent

semaine après semaine l’évolution des

infrastructures ou de l’agriculture dans certains pays,

comme la Colombie pour les cultures de coca.

Les satellites d’observation, que l’on tente de

faire passer pour les outils stratégiques sans lesquels

aucune action n’est possible, servent surtout à

maintenir en activité des équipes d’ingénieurs.

Les groupes subversifs ont beaucoup plus à

craindre des avions de surveillance américains (les

AWACs), qui détectent les appareils volants, ainsi

que des radars MTI, capables d’indiquer la position

instantanée de tous les véhicules terrestres. C’est

avec ce type d’engins stratégiques que les États-Unis

luttent contre le trafic de drogue ou l’immigration clandestine.

 

"Les téléphones portables sont un atout important pour les terroristes."

Faux

Les terroristes ont intérêt à ne pas utiliser

d’appareils sans fil, car les dispositifs d’écoute

électronique détectent toutes les sources de

rayonnement électro-magnétique, c’est-à-dire les

radars, les stations de radio et télédiffusion, les

talkies-walkies ainsi que les téléphones portables…

C’est d’ailleurs parce qu’il utilisait un téléphone

cellulaire que le trafiquant de drogue colombien

Pablo Escobar fut localisé.

 

"Les États ont renoncé aux armes chimiques pour des raisons humanitaires."

Faux

Les armes chimiques sont en fait très peu

efficaces, car les gaz se dispersent au gré du vent et

s’éparpillent inutilement. Les pertes de produits sont

énormes. Seuls quelques dixièmes de pour cent sont

effectivement utiles. Les armées modernes ont donc

finalement renoncé à leur emploi.

D’autant que les années 80 ont vu l’arrivée des

armes à fragmentation, bien plus efficaces que les

armes chimiques. Ce sont des containers remplis de

centaines de grenades et lancés par des avions, des

missiles de croisière, des roquettes ou des obus. Avec

de telles armes à leur disposition, il est facile pour les

militaires de renoncer aux armes chimiques en se

montrant sensible aux arguments humanitaires.

 

"L’efficacité des systèmes de détection de cibles marche tout le temps"

Faux

Par mauvais temps, temps couvert, forte fumée,

forte humidité, brouillard, tempête de poussière ou

de sable, aucune arme à guidage terminal n’est

réellement efficace. Dans de telles conditions

météorologiques, les systèmes de désignation et

d’acquisition de cible des avions (tels que le F 117

– avion invisible –, F 15E, F 111F, A 6E, F 16, F 18,

A 10) s’avèrent inopérants. Durant la guerre du

Golfe, par exemple, seules les attaques par temps clair furent précises.

Néanmoins, les systèmes de détection de cible

sont des instruments incontournables aujourd’hui, en

particulier pour attaquer des camps terroristes

dissimulés en montagne (Afghanistan, Bosnie).

Comparées aux bombes classiques, les armes à

guidage terminal sont plusieurs centaines de fois

plus efficaces. Lors de la guerre du Golfe, 43 % des

objectifs furent détruits par des armes à guidage

terminal, alors qu’elles ne représentaient que 7 % des munitions utilisées.

Cependant, ces systèmes coûtent cher (plusieurs

millions de francs pour le haut de gamme). Il faut

donc que les objectifs se justifient économiquement,

c’est-à-dire que le rapport entre les dégâts causés et

le coût de l’opération doit être le plus élevé possible.

(cf. "Les vraies et fausses cibles des terroristes").

 

"Les systèmes de missiles antiaériens sont caducs."

Vrai

Le concept même de sites mobiles de missiles

antiaériens est aujourd’hui caduc. Quand l’adversaire

fait preuve de méthode et d’organisation, même les

matériels dernier cri français (crotale NG), suisse

( A D ATS) et russe (SA-11 et SA-15) sont peu

efficaces. Les techniques des avions de combat sont

en effet parfaitement rodées, réduisant à néant

l’efficacité des missiles antiaériens.

Dans une première étape, les avions de

reconnaissance électronique observent la zone

ennemie à une centaine de kilomètres de distance. Ils

localisent les radars, déterminent la "signature" des

faisceaux radars, et en déduisent le type de système

impliqué. Lorsque les installations sont au cœur d’un

territoire ennemi, ce sont de petits drones (des avions

à pilotage automatique, ayant une structure d’ULM)

munis de détecteurs de radars qui sont envoyés.

Beaucoup sont abattus, mais leur coût de fabrication

est cinq à dix fois inférieur à celui d’un missile

antiaérien. D’autre part, pour l’interception des

drones, les radars doivent être allumés, ce qui donne

une information supplémentaire sur l’emplacement et la nature du site.

Dans une deuxième étape, les avions de

reconnaissance électronique localisent les sites, avec

une précision de quelques centaines de mètres.

Dans une troisième étape, les sites de missiles

sont attaqués, soit par des commandos parachutés ou

héliportés à moins d’une dizaine de kilomètres des

radars, soit par des hélicoptères antichars tirant leurs

missiles à 3 ou 4 km de distance, soit par des avions

d’attaque larguant leurs missiles à distance de

sécurité (12 km), soit enfin par des avions munis de

missiles antiradars qui se dirigent vers la source des faisceaux radars.

L’efficacité de cette démarche est redoutable.

Pour preuve, l’armée de l’air israélienne perdit

80 avions de combat lors des trois premiers jours du

conflit du Yom Kippour à cause des missiles

antiaériens. Moins de dix ans plus tard, en 1982,

durant la guerre du Liban, 90 % des batteries de

missiles antiaériens syriennes furent anéanties pour

une perte totale de… 2 avions. Dans ce dernier

conflit, les Israéliens utilisèrent les techniques

d’attaque des avions de combat.

Les missiles antiaériens ont pourtant connu leur

âge d’or, pendant les années 70, et en particulier

après la guerre du Yom Kippour, en 1973. Avant cette

date, la maîtrise aérienne était tout simplement

synonyme de maîtrise du champ de bataille. Les

Israéliens, conscients de cet état de fait, mirent en

place une force aérienne qui était et reste la plus efficace au monde.

Après les échecs dus à la prédominance des

Israéliens, les Égyptiens investirent massivement

dans des sites mobiles de missiles antiaériens

(comme les SAM-6 soviétiques) qui accompagnaient

les unités terrestres lors de leur progression.

Durant la guerre du Yom Kippour, les Israéliens

perdirent plusieurs dizaines d’avions de combat

pendant la première journée du conflit. En perdant la

maîtrise des airs, les Israéliens se retrouvèrent en

mauvaise posture. Il fallut une semaine pour que les

pilotes développent de nouvelles manœuvres

d’évitement des missiles, et surtout pour que du

matériel de brouillage, prêté par les États-Unis,

aveugle les radars ennemis. Mais la grande leçon de

ce conflit fut l’efficacité des systèmes de missiles

antiaériens. Leur commerce devint florissant et tous

les pays, sans exception, s’équipèrent de ce type d’armes.

Les missiles antiaériens s’avèrent aujourd’hui

caducs, car les États assurent désormais leur défense

à l’aide d’instruments plus performants :

– les missiles air-air à moyenne portée (MICA

français ou AMRAAM américain) ;

– les missiles antiaériens portables (Stinger

américain, Mistral français ou SA-14 russe),

indécelables en raison de leur taille ;

– les missiles sol-air à longue portée (Patriot

américain, Aster français ou SA-10 et SA-12

russes), capables d’abattre des cibles (avions

ou missiles) situées à plus de 50 km.

Les sites convenant à ce type de missile sont

certes vulnérables, mais ils interceptent notamment

les missiles balistiques tactiques.

 

"Le concept de bombardements massifs date de la deuxième guerre mondiale."

Vrai

Le concept de bombardement stratégique date du

21 janvier 1943, par décision commune du Président

américain Franklin Roosevelt et du Premier Ministre

britannique Winston Churchill.

Cette technique a l’avantage de porter le feu

largement au-delà de la ligne de front.

Les objectifs étaient par ordre de priorité :

– les chantiers de construction de sous-marins ;

– les usines de fabrication d’avions et de moteurs ;

– les axes routiers (ponts) et ferroviaires (gares) ;

– les raffineries pétrolières ;

– les industries de base (chimie des explosifs, roulements à bille, etc.).

Une des premières missions réussies fut le

bombardement du centre de construction de sousmarins

de Vegesack par une centaine de bombardiers

(B-17 et B-24), le 18 mars 1943. Ils larguèrent

530 bombes de 450 kg chacune. Pour l’anecdote, la

production fut peu affectée par cette action.

Néanmoins, ce type d’intervention s’accentua

jusqu’à la fin de la guerre. Fin juin 1943,

35 000 tonnes de bombes avaient été larguées sur une

quinzaine de sites. Plus de 600 bombardiers furent

détruits par la défense antiaérienne ennemie. Durant

la grande semaine des bombardements de février

1944, 3 3 0 0 sorties permirent le largage de

6 000 tonnes de bombes.

Une des clefs de la victoire alliée résida dans la

capacité industrielle de compenser, chaque semaine,

la perte d’une centaine de bombardiers. L’Allemagne

ne disposant pas de bombardiers lourds, le Royaume-

Uni et les États-Unis furent à l’abri des armes

allemandes. À l'exception des V1 et V2, dont la

médiocre précision (1 ou 2 km) réduisait l’efficacité militaire à néant.

Dès 1942, la zone d’action de l’Allemagne se

limitait à la ligne de front des combats,

contrairement à celles des Anglais et des Américains.

À partir de ce moment, la défaite des Nazis était inéluctable.

 

"Pour détruire un AWAC, Tom Clancy préconise

de faire suivre à un hélicoptère un train à grande vitesse. Est-ce une bonne idée ?"

Non

L’ouvrage Dette d’honneur de Tom Clancy,

retraçant un conflit entre le Japon et les États-Unis,

est une mine de détails technologiques réalistes.

Dans une des scènes principales, le célèbre écrivain

américain décrit la destruction d’un AWAC japonais

par un hélicoptère américain Comanche. Pour ce

faire, l’hélicoptère s’approche de l’AWAC et largue

des missiles antiaériens. Pour ne pas apparaître sur

l’écran de surveillance, le pilote du Comanche suit

un train à grande vitesse au ras du sol. De cette

manière, le radar ne voit pas l’hélicoptère, étant

incapable de discerner deux cibles aussi proches.

Il est fortement déconseillé de suivre cette

Les radars de l’AWAC fonctionnent suivant un

mode dénommé "pulse Doppler" qui classe les cibles

en fonction de leur vitesse. Ces radars sont munis de

filtres qui éliminent les cibles immobiles (c’est-à-dire

le sol) ou lentes (voitures). Tom Clancy pense donc

qu’un hélicoptère qui suit un train grande vitesse ne

peut pas être détecté. Ce qui est vrai, mais à une

exception près, et elle est de taille : un hélicoptère ne

laisse pas une trace, mais deux sur l’écran radar. La

première correspond au corps de l’hélicoptère, l’autre

aux pales du rotor. Les pales sont en eff e t

d’immenses hélices qui atteignent en bout d’aile une

vitesse de 1 000 km/h. Le décalage Doppler est alors

celui d’un objet qui atteint presque la vitesse du son.

En survolant le train, si la cellule de l’hélicoptère

échappe à l’AWAC, les pales sont à coup sûr

détectées par l’ordinateur de bord. L’hélicoptère n’est

donc pas un bon instrument pour approcher un AWAC.

A priori, le même problème se pose pour tous les

avions à hélices. En fait, la taille réduite des hélices

des ULM (diamètre d’un mètre, contre huit pour un

hélicoptère) les rend presque indétectables dans le

fouillis des échos radars que renvoie le sol.

 

"La destruction de ses moyens de production est une catastrophe pour un pays."

Faux

Un exemple. Le Nigeria, pays producteur de

pétrole, possède quatre raffineries gérées par le

secteur public. Ses unités de production ont des coûts

de fonctionnement très élevés. Le FMI (Fonds

Monétaire International) incite le gouvernement du

Nigeria à les fermer. Selon les experts, ces

fermetures feraient économiser 100 000 000 dollars

au pays, grâce à des importations de produits raffinés

bien moins chers. Bref, une attaque dirigée contre les

raffineries du pays, loin de lui causer des dommages,

renforcerait l’efficacité du pouvoir en place.

 

"Les marchés financiers sont les meilleures cibles de déstabilisation pour les groupes terroristes."

Faux

Un groupe terroriste qui tente une action de

subversion à grande échelle n’a aucun intérêt à

déstabiliser le système boursier.

Toute attaque contre les salles de bourse, contre

les informateurs des agences de presse qui véhiculent

les informations boursières ou contre les analystes

financiers serait tout simplement contre-productive.

Les marchés boursiers offrent en effet des

possibilités de financement inégalées, peut-être plus

rentables que l’industrie de la drogue (cf. "Le

financement des groupes terroristes"). Il serait donc

dommageable de s’aliéner les gigantesques sommes

d’argent que brassent les places boursières.

 

"De nombreux génies de l’informatique détournentdes sommes d’argent importantes."

Faux

Le piratage informatique est certes un thème en

vogue, mais il s’avère très peu efficace comme source de financement.

La France estime que chaque année, environ dix

milliards de francs sont perdus à cause de sinistres

informatiques. Cette somme est impressionnante,

mais elle englobe les effets induits, comme

l’immobilisation d’un service à cause d’une panne d’ordinateur.

À l’origine de ces sinistres : la malveillance

interne et externe des gens, les virus, le vol de matériel…

La part des détournements de fonds dus au

piratage informatique à proprement parler est nulle ! Ou presque…

Si l’on excepte les situations où les pirates ont

bénéficié d’une aide interne, il n’existe, à travers le

monde, que quelques exemples de détournement

informatique d’une grosse somme d’argent. Les

piratages informatiques les plus réussis qui défraient

la chronique sont des opérations d’atteinte à

l’intégrité des fichiers informatiques. Dans la

majorité des cas, cela consiste simplement à recopier

un logiciel sur son ordinateur et à l’exploiter sans

payer les droits d’utilisation.

Lorsque l’on parle de fraude informatique et de

ses conséquences économiques, c’est de piratage de

logiciels qu’il s’agit. La facilité de les dupliquer

amène à estimer qu’un utilisateur d’ordinateur sur

deux possède (parfois malgré lui) des programmes

obtenus en dehors du strict cadre légal.

Le seul cas de piratage informatique ayant permis

un gain financier important évoqué en France n’est

connu que de la communauté des spécialistes de la

sécurité bancaire. Vers la fin des années 80, une

équipe d’électroniciens, probablement avec l’aide

d’un ancien technicien de France Télécom, détourna

des fonds de la Banque de France.

Dans un premier temps, ces pirates branchèrent

des écoutes sur des lignes de communication de la

Banque de France. La mise sur écoute consista

simplement à placer un anneau de détection autour

des lignes de communication, dans les sous-sols de

la banque, afin d’analyser les transmissions. Les

lignes où transitaient les communications

téléphoniques et les télécopies furent mises de côté.

Seules les lignes où passaient des données

numériques retinrent l’attention des pirates. Qui plus

est, les électroniciens ne s’intéressèrent qu’aux

lignes cryptées et quasiment indéchiffrables.

Il peut sembler étonnant d’écouter uniquement des

communications incompréhensibles, mais les pirates

avait de bonnes raisons pour cela. En fait, ils

remarquèrent que chaque dévaluation du franc était

précédée par une intensification des communications

cryptées avec la Banque de France. Ils placèrent donc

une station d’observation électronique qui détecta les

augmentations de volume des données. Ces

informations furent utilisées durant des mois pour spéculer contre le franc.

Un responsable bancaire fit remarquer lors d’un

entretien privé "qu’il valait mieux que les candidats

au piratage n’en sachent pas trop sur ce type

d’affaire, et qu’ils continuent à dépenser leur énergie

sur les réseaux où il y a peu d’argent à gagner".

En tout cas, cet exemple montre que le pouvoir ne

découle pas d’une maîtrise pointue des hautes

technologies, mais de leur utilisation adéquate.

 

"Aujourd’hui, il est extrêmement facile d’intercepter les lignes de communication d’une grande banque."

Faux

De l’extérieur d’une banque, on ne peut se

brancher ni sur les lignes de communication

numériques, ni sur les fils téléphoniques reliant les

diverses succursales entre elles. Ces lignes

transportent en effet des milliards de données

provenant de centaines, voire de milliers,

d’ordinateurs. Ce sont des lignes multiplexées, à

haut débit (2 Mégabits/seconde ou plus), où se

mélangent plusieurs lignes à bas débits (64 Kilobits/seconde).

Avant de pirater quoique ce soit, il faut donc

démêler cette pelote qu’est la ligne multiplexée. Un

démultiplexeur, c’est-à-dire un gros ordinateur muni

de programmes de télécommunication spécifiques,

est alors nécessaire. Mais une telle machine coûte

cher et n’est pas accessible aux particuliers. Autant

donc abandonner l’idée d’en faire descendre une

dans les égouts d’une grande capitale occidentale.

Si on ajoute à cela la facilité pour les utilisateurs

de crypter les informations transitant sur les lignes de

communication, et la nature des câbles haut débit

(fibres optiques ou coax), il est raisonnable de

renoncer à intercepter les lignes de communication d’une grande banque.

La seule solution consiste à se brancher sur la

ligne de l’utilisateur final. Il faut pour cela être à l’intérieur de la banque.

 

"Les moyens de lutte des États contre le blanchiment de l’argent sont inexistants."

Vrai

Il n’existe pas de lutte réelle possible contre le

blanchiment d’argent. Dans certains pays, le

blanchiment n’est même pas un délit. C’était

notamment le cas de l’Allemagne jusqu’en 1992.

D’ailleurs, il n’existe pas d’argent "sale", il y a

simplement des opérations contraires aux lois

bancaires d’un pays. Or il existe suffisamment de

possibilités sur le circuit financier international pour

ne pas avoir besoin d’enfreindre les règles. L’argent

n’est donc "sale" que par l’incompétence des

responsables financiers chargés du blanchiment.

En fait, la majorité des actions de lutte contre le

blanchiment porte sur les erreurs commises lors des

transferts d’argent. Par exemple, la banque

l u x e m b o u rgeoise BCCI accumula des erreurs

grossières de gestion comptable. Elle fit faillite et fut

accusée de blanchiment d’argent illicite. En deux

phrases, les dirigeants des succursales françaises sont

tombés non pas en raison du blanchiment, mais pour

le non-respect des règles bancaires imposées par le

pays. La banque BCCI avait par exemple fusionné

plusieurs comptes-clients en un seul, et contacté

directement les trafiquants de drogue colombiens.

Les institutions spécialisées dans la lutte contre le

blanchiment éprouvent donc les plus grandes

difficultés à débusquer les groupes compétents et organisés.

Au sommet des Sept Pays les plus industrialisés, à

Paris, en 1989, le Groupe d’Actions Financières

International (GAFI) fut mis en place. Mais ce

groupe de travail ne peut pas proposer de mesures

efficaces tant que les paradis fiscaux seront intégrés

dans la finance internationale. Les seules mesures à

prendre consistent en un contrôle drastique des

déplacements d’argent liquide. Cette proposition

révèle en soi l’impossibilité effective de lutte contre le blanchiment.

En France, une seule cellule spécialisée, la

TRACFIN (Traitement du Renseignement et de

l’Action contre les Circuits FINanciers clandestins),

possède les effectifs, les moyens et les compétences

nécessaires à la lutte contre le blanchiment d’argent.

L’efficacité de ce groupe (de quelques dizaines de

membres) résulte en son pouvoir unique de lever les

secrets bancaires et d’avoir accès à toutes les

informations administratives, bancaires, et

commerciales. En revanche, il ne communique ces

informations à aucun service, ni de police, ni des impôts.

 

"Pour transporter du matériel illicite (armes, drogue) par avion, le survol de la mer est plus

dangereux que celui de la terre."

Vrai

Le survol de la mer est toujours dangereux, car les

avions de surveillance ont un fonctionnement propre

à la surveillance maritime. Sur mer, toutes les

réflexions radars sont analysées. Au-dessus de la

terre ferme, seuls les objets dont la vitesse est

supérieure à 160 km/h sont pris en compte.

La raison est fort simple : les avions de

surveillance, tels que l’AWAC américain, possèdent

une visibilité du sol importante. Ils détectent donc de

nombreux véhicules (voitures, camions, trains…) qui

saturent le système. En revanche, au-dessus des flots,

tous les objets sont intéressants puisqu’il s’agit de

bateaux, quelle que soit leur vitesse.

De même, il faut voler à moins de 30 m au-dessus

du sol. Car à cette altitude, les échos de l’avion ou de

l’hélicoptère se mélangent à ceux des véhicules

terrestres. De plus, les ordinateurs qui analysent les

signaux reçus par les radars retiennent tous les

appareils, quelle que soit leur vitesse. Pour un radar,

être à moins de 30 m d’altitude équivaut à être au sol.

 

"Les bouteilles que lancent les manifestants sur les forces de police ne sont pas des cocktails Molotov."

Vrai

Contrairement à la croyance populaire, les

bouteilles d’essence enflammées que les

manifestants lancent sur les forces de l’ordre ne sont

pas des cocktails Molotov.

Les vrais cocktails Molotov furent larg e m e n t

employés pendant la seconde guerre mondiale pour

détruire les chars allemands. La technique était

simple, efficace et terriblement dangereuse. Des

groupes de deux ou trois personnes s’approchaient à

quelques mètres des chars et lançaient des bouteilles

non enflammées. Le liquide incendiaire s’infiltrait

alors à l’intérieur de l’engin. Une dernière bouteille,

enflammée, était lancée quelques minutes plus tard,

transformant le char en un véritable brasier.

Il existe un grand nombre de recettes pour réussir

un cocktail Molotov. Une variante consiste à

mélanger deux tiers d’huile de moteur usagée et un

tiers d’essence. Il faut ensuite ajouter un peu de

glycérine et de copeaux de savon. La bouteille doit

être hermétiquement fermée et ne pas contenir d’air.

Pour l’enflammer, on colle un bâton de bois à la

bouteille à l’aide d’un ruban adhésif. On allumera un

bout de chiffon ou de carton enroulé autour du bâton le moment venu.

Une méthode plus subtile consiste à introduire de

l’acide sulfurique dans la bouteille, entourée ensuite

de chlorate de potassium. Lorsque la bouteille se

brise, la réaction entre le chlorate de potassium et

l’acide sulfurique entraîne la combustion de

l’ensemble. Les esprits vicieux ajoutent des

morceaux de pneu finement broyés. La solution

dégage une chaleur intense, difficile à éteindre.

A t t e n t i o n ! Un tel liquide incendiaire est

dangereux à manipuler. Il ne faut sous aucun prétexte

tenter d’en fabriquer. Les risques d’accident sont

élevés. L’acide sulfurique peut réagir avec les

impuretés de l’essence ou de l’huile de vidange, et

enflammer spontanément l’ensemble.

 

"Les lance-flammes servent à asphyxier l’ennemi."

Vrai

L’objectif du lance-flammes n’est pas de brûler

vivants les combattants, mais de consumer l’oxygène

de l’air pour les asphyxier. Durant la guerre du

Pacifique, les Marines étaient équipés de lanceflammes

(Ronson M1) destinés à l’attaque des

bunkers. Le mode d’utilisation consistait à projeter

de l’essence non enflammée à travers les ouvertures,

puis à y mettre le feu.

 

"La vente de plutonium par les pays de l’ex-URSS est extrêmement dangereuse pour la sécurité des États occidentaux."

Faux

Si les républiques de l’ex-URSS semblent

représenter des fournisseurs compréhensifs pour les

acheteurs disposant de quelques millions de dollars,

que peuvent faire des terroristes avec quelques

centaines de grammes de plutonium ? À vrai dire, pas g r a n d - c h o s e .

Avec de telles quantités, pas question de réaliser une

bombe nucléaire, même miniature : les lois de la

physique nucléaire sont là pour contrecarrer ce type de

projet. Il faut au moins une dizaine de kilos de matière

fissible (uranium fortement enrichi en isotope 235 ou p l u t o n i u m ) .

De plus, il faut dépasser la masse critique de

matière fissible lors de l’explosion. La masse critique

n’étant pas atteinte, la réaction en chaîne n’est pas

s u ffisante pour emballer le plutonium et obtenir une

émission explosive d’énergie (c’est-à-dire une

explosion nucléaire). D’autre part, le plutonium n’est

pas particulièrement radioactif. Les risques

d’irradiation sont faibles.

Enfin, fabriquer une bombe nucléaire est un

exercice difficile et coûteux. Des livres entiers

concernent la fabrication des bombes nucléaires. Ce

n’est pas sans raison que seulement une dizaine de

pays maîtrisent la conception et la fabrication de telles b o m b e s .

Bien sûr, une action terroriste mettant en jeu du

plutonium présente un danger. Notre propos est plutôt

de dire que l’effet obtenu sera disproportionné par

rapport à l’effort déployé pour fabriquer une bombe

n u c l é a i r e .

 

Terrorisme du XXIème siècle

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